La situation passée et présente, ainsi que les projections de Jean Luc pour la vente du millésime 2008 en fonction de l’état de l’économie m’interpellent.
Avec le vin, revenons tout simplement à un produit de consommation. Ces produits là sont tellement moins sensibles à la volatilité des marchés.
Qui dit produit de consommation ne dit pas nécessairement produit galvaudé et « mauvais ».
En 2006 lors de la vente des vins de l’hôtel de ville de Paris un journaliste de l’AFP m’avait interpelé en me demandant ce que je pensais de la vente
Et je lui avais répondu qu’on était plus dans le domaine de la consommation mais bien de la spéculation.
http://tf1.lci.fr/infos/economie/consommation/0,,3345024,00-grands-crus-paris-sont-partis-prix-.html
A l’époque beaucoup de grands prévisionnistes
estimaient que les « nouveaux « consommateurs allaient vider la France et le marché du vin de ces stocks de vins. C’était sans compter la présence sous-terraine dans le marché du vin, de la finance mondiale
Qui, en quelques mois, a déversé dans le marché du vin quelques paillettes qui se chiffrent en milliards (puisque dans la finance en dessous de 9 zéros on ne prend plus en considération).
Il faut s’imaginer ce que représente 1 milliard dans l’économie des « grands vins « en France et là on mesure l’ampleur des dégâts. Cela correspond à 400 châteaux qui vendent chacun pour 2'500'000 de vins
En revanche 1 milliard pour la finance mondiale c’est une broutille.
La question avait été abordée avec Christian Moueix lors d’un déjeuné semi privé en juin 2007 mais le sujet avait vite été étouffé car il n’était pas dans l’air du temps. Il était de bon ton de penser qu’un russe ou un asiatique était capable de puiser dans son portefeuille une dizaine de billets de 100 $ pour se payer une bouteille d’un cru exceptionnel.
Etant marié depuis 24 ans avec une femme Singapourienne ( et j’ai souvent voyagé à S’pore) j’ose dire que certes, ils ne refusent pas un bon verre de vin mais de là à dépenser des sommes considérables représentant plusieurs heures de travail pour se délecter d’un des meilleurs nectars de France ce n’est pas gagner d’avance !......
A moins d’être en société et d’avoir de bonnes raisons de vouloir se mettre en évidence.
Je te l’avais déjà dit Jean-Luc, Vous propriétaire de grand renom, allez incognito à l’étranger et observez la consommation de vin. L’information que vous remontent les négociants est biaisée à cause du système des allocations qui favorisent celui qui raconte aux propriétaires une belle histoire…
Je vous comprend ; c’est tellement agréable et bon pour l’égo de se faire caresser dans le sens du poil !
Cela n’enlève rien aux efforts considérables que les châteaux font pour produire des vins de très haute qualité mais c’est dans l’approche du marché qu’il faudrait changer les mentalités. Le client final n’est tout simplement pas un pigeon et à ce titre je cautionne l’article de la Revue des vins de France qui met en évidence le coût de production des vins et des grands crus. Rare sont les clients qui reprochent à un intermédiaire de gagner sa vie si tant est que son travail correspond à une marge normale et un travail accompli (conseils, logistiques, etc.)
J’ai récemment fréquenté un épicurien, accessoirement économiste et professeur de marketing à l’université qui me disait sa désolation d’apprendre que peu de gens gagne bien leur vie dans la filière vitivinicole (toutes gammes de produits confondus) et qu’à ce titre d’ailleurs un laboratoire Australien de recherche en marketing se penche sur la question. Même si je n’ai pas encore approfondi le sujet il est une évidence ; c’est que la part émotionnelle dans le vin est tellement forte que les métiers du vin attirent des riches retraités ou financiers de tous bords désireux de se mettre un peu au vert ou au « rouge »…et dont la rentabilité de l’activité vin est accessoire. Cela fausse complètement les données de rentabilité dans la profession. Le créneau des vins bas de gamme génère d’ailleurs davantage de profits (en tous les cas pour le commerçant) parce qu’il n’est pas soumis à la même émotion que les vins les plus sophistiqués. Pour que dure le commerce du vin et la production il est urgent de mettre la rentabilité « raisonnable » en évidence et que le revenu d’une activité dans la filière vitivinicole corresponde à un vrai travail et non et à une spéculation. L’offre et la demande des consommateurs et l’intervention de la presse spécialisée se chargera de faire la différence dans les prix. Aujourd’hui une banque peut vous annoncer un taux hypothécaire de x % et vous signaler que sa marge est de y % variable en fonction de divers critères. On peut comprendre la place de Bordeaux ou tout autres formes de distribution mais en tous les cas jamais l’opacité dans le fonctionnement. Ton blog contribue à une vision plus claire qu’on peut éventuellement ne pas partager mais il a de temps à autre l’intérêt de poser des questions très pertinentes
Pas de soucis les consommateurs de bons Bordeaux sont toujours vivants, ils adorent les vins que seul Bordeaux est capable de produire mais SVP un peu de respect pour le client final.
Au bout du compte et dans quelques années c’est toute la filière qui en sortira gagnante. Même si tous les 5- 7 ans le même manège revient, le monde des consommateurs aspirent à plus de régularité
dans la distribution.